The Dreaming Boys §
Die Träumenden Knaben, ou Les garçons qui rêvent...
Oskar Kokoschka
1907-08
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accueil
du projet
à propos:
contexte
+ note d’intention
énoncé
du projet
extraits (fr)
excerpts (eng)
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CONTEXTE HISTORIQUE
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1907 — Le mécène Fritz Waerndorfer commande, au nom de la maison Wiener Werkstätte, un livre illustré au jeune Oskar Kokoschka, destiné à ses propres enfants. Provocateur (téméraire ?), le jeune Kokoschka, alors âgé d’à peine vingt et un ans, retourne à son bienfaiteur… une œuvre (magnifique, mais) troublante, loin du conte doré qu’on attendait de lui. Georgée de désir, de créatures fantastiques, d’accès de passion (voire de violence) et de berceuses insolites… Die Träumenden Knaben lamente la léthargie d'une jeune fille endormie — une mystérieuse beauté désignée sous le nom de « la fille Li ».
L’œuvre est d’une beauté saisissante. Mais son contenu, déconcertant. Le livre ne répond pas exactement au mandat initial : c’est le moins qu’on puisse dire.
Die Träumenden Knaben — Les garçons qui rêvent (alternativement traduit par Jeunesses rêveuses ou Le jardin d’une jeunesse rêveuse) constitue la toute première commande de Kokoschka. Une affirmation, ou en quelque sorte, marquant son passage à l'âge adulte en tant qu’expressionniste. Effaré par son contenu passionnel (ouvertement sexuel) et lugubre, l’éditeur commercial se retire au moment de la revue des épreuves. L'œuvre, fameusement dédiée à Gustav Klimt, est récupérée de justesse et produite à l'interne par les ateliers de la Wiener Werkstätte, parvenant de justesse à l'exposition Kunstschau de 1908 à Vienne, où sa réception publique — sans mentionner les ventes — s'avère fastidieuse.
L'ouvrage n'en lance pas moins la carrière de Kokoschka — dont les amitiés subséquentes avec l'éditeur Kurt Wolff, l'architecte Adolf Loos, ainsi qu’avec Gustav Klimt, Gustav Mahler ou Egon Schiele, le sauvent plus souvent qu’autrement de ses tendances destructrices. Il cristallise en quelque sorte la naissance d'un mouvement qui allait propulser l'Expressionnisme allemand au rang de jalon historique. Les exemplaires survivants des lithographies originales sont aujourd’hui conservés par des institutions d'élite telles que le Museum of Modern Art (MoMA), le Los Angeles County Museum of Art (LACMA) et les National Galleries of Scotland, certains volumes complets et rares atteignant plus de 24 000 USD sur le marché international des enchères.
Face à un tel prestige, il est surprenant que les mots de Kokoschka n'aient pas encore été rendus pleinement accessibles en français. Kokoschka, après tout, n'était pas seulement un peintre loué, mais un écrivain, dramaturge et graveur accompli. À l'exception d'une rare traduction italienne, un seul fac-similé à tirage limité comprend un opuscule en italien et en français, tiré à 620 exemplaires en 1995 — spécimens aujourd'hui d'une insigne rareté, et dont le rendu linguistique reste largement dépassé.
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Que pousse le jeune Kokoschka à servir — ou à provoquer ouvertement — son bienfaiteur de cette manière…? Le scandale qui entoure la publication initiale du livre contribue dans tous les cas à son intrigue, et pave la voie à l’enviable réputation qu'acquit par la suite Kokoschka en tant qu’enfant terrible de l’avant-garde viennoise.
L'œuvre provoque un tollé dans les cercles de la bourgeoisie viennoise de l'époque, en raison de son habile (contre-naif?) détournement du conte pour enfants, et de son contenu explicitement passionnel (voire violent). D’où l’intérêt d'une nouvelle traduction et d'une réédition critique de ce texte explorant les malaises comparés d’hier et d’aujourd’hui : qu’est-ce qui heurtait, au fond, les publics de l’époque? Comment cette œuvre nous choque-t-elle toujours (plus, ou moins, ou différemment) aujourd’hui? Impossible à dire sans les mots eux-mêmes — et les questions complexes qu'ils soulèvent au jour d’un travail (comparé; exigeant) de traduction et d'actualisation.
Ce parchemin candide des mouvements d’avant-garde soulève en effet des questions cruciales — trop souvent occultées par une histoire dominante ou conventionnelle de l'art, quant à la violence inhérente à l'enfance et à l'adolescence (l'adolescence masculine, qui plus est). Le jeune Oskar, un jeune homme agité, marqué par une enfance tumultueuse, s’est alors épris d'une jeune fille nommée Lilith Lang. Son idylle avec elle connaît cependant une fin abrupte, alors que, dans une tentative désespérée de retenir son attention... le jeune Oskar procède à l’explosive annihilation d’une fourmilière d’un jardin public voisin, tuant presque au passage la jeune fille (qui en resta, il va sans dire, résolument peu impressionnée). Le conte se déploie ainsi, telle une complainte dédiée à « la fille Li », surgissant, nul doute, d'un ego meurtri et d'un cœur brisé.
Imprégnée du symbolisme des chants folkloriques allemands ; peuplée de créatures sorties tout droit d'un solo de flûte de Debussy ou d'un poème de Mallarmé, l’œuvre adopte un style hardi et cacophonique qui annonce les élans expressionnistes — les nombreuses Tempêtes — à venir. Il y a là, déjà, davantage qu’il n’y paraît — comme le suggère en soi la dédicace à Klimt. Il s’agit ici d’une œuvre précoce ; d'un art résolument moderne, mais qui n'a pas encore, dans sa naïveté, complètement tourné le dos aux traditions du Jugendstil et de la Sécession viennoise dont elle est issue. Suspendue entre deux époques, celle-ci témoigne d'un moment fugace de bascule entre les anciens et les modernes : un Die Brücke socio-psychologique, en quelque sorte — c’est-à-dire un véritable Pont, tout à la fois historique et personnel, anticipant les ruptures formelles de l'avant-garde. Une de ces dernières choses, peut-être, avant les dernières : la fin de l'innocence (une enfance), tombée juste avant que Kokoschka ne soit conscrit pour la guerre.
Le projet consiste en une réédition d'art et une reproduction rigoureuse en fac-similé de l'œuvre, présentées dans un coffret de collection enrichi de commentaires critiques et de traductions entièrement actualisées, mettant en lumière la pertinence contemporaine et la beauté convulsive de ce chef-d'œuvre candide et flamboyant de l'expressionnisme d’avant-guerre.
NOTE D’INTENTION
Il m’apparaît impératif, en 2026, de s’emparer de ce garçon. Kokoschka, obsédé par sa camarade de classe Lilith Lang (la sœur d'Erwin Lang), transforme ici un projet enfantin en un récit d'éveil sexuel sauvage, de deuil et d'angoisse. La subversion de la commande initiale (un livre de contes pour enfants commandé par Fritz Waerndorfer pour ses fils) vers une décharge pulsionnelle adolescente y effectue un glissement presque parfait de l’enfance à la cruauté, d’une déconcertante transparence, à l’époque comme aujourd’hui. Les troublantes et étrangement assumées couleurs de ce conte font à ce titre écho à des thèmes on ne peut plus contemporains, récemment abordés, par exemple, par la série Adolescence de Stephen Graham, dont l’impact s’est fait entendre jusqu’au cabinet ministériel de Keir Starmer.
L’atmosphère étouffante de la Vienne d’avant-guerre, confinée dans ses névroses collectives et ses structures rigides, résonne de manière troublante avec la montée contemporaine des tensions sociales et raciales que nous traversons. Traduire le mot allemand Knaben, aujourd'hui, n’est pas si simple. En français, « Enfants » ou « Garçons » aplatit la charge historique et, non sans ironie, comporte le risque d’un contresens anachronique ou d’un rejet automatique auprès des publics exigeants et consciencieux d’aujourd’hui. Le mot, qui évoque la jeunesse mâle au seuil de la puberté, sera plus tard investi d'une charge politique lourde en Allemagne et en Autriche (faisant écho aux fameuses “jeunesses hitlériennes”) : nous nous confrontons ici aux strates historiques d'un terme lourd de connotations politiques, défiant, qui plus est, les catégories étanches du genre que les jeunesses d’aujourd’hui, en retour, réfutent. Choisir le bon terme (ou contester les barrières de genre actuelles à travers une traduction juste, mais flexible/créative) relève à ce titre d’un geste forensique davantage que d’une “traduction” au sens strict.
Découvrant, lors de mes recherches archivistiques, une traduction française et italienne à tirage limité produite en 1995 — d'une lourdeur stylistique et d'une désuétude épouvantables —, j’ai mesuré l’urgence d’une réactivation. Ce projet de réédition en fac-similé et de re-traductions critiques (français/anglais) n’est pas un acte de conservation muséale passive, mais un geste de profanation éthique, cherchant à libérer le symbolisme maladroit et la violence convulsive de cette pièce historique, brûlante, il va sans dire, d’actualité.
F L A S H F I C T I O N B O O K S
par marie martine © 2026 tous droits réservés
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Que pousse le jeune Kokoschka à servir — ou à provoquer ouvertement — son bienfaiteur de cette manière…? Le scandale qui entoure la publication initiale du livre contribue dans tous les cas à son intrigue, et pave la voie à l’enviable réputation qu'acquit par la suite Kokoschka en tant qu’enfant terrible de l’avant-garde viennoise.
L'œuvre provoque un tollé dans les cercles de la bourgeoisie viennoise de l'époque, en raison de son habile (contre-naif?) détournement du conte pour enfants, et de son contenu explicitement passionnel (voire violent). D’où l’intérêt d'une nouvelle traduction et d'une réédition critique de ce texte explorant les malaises comparés d’hier et d’aujourd’hui : qu’est-ce qui heurtait, au fond, les publics de l’époque? Comment cette œuvre nous choque-t-elle toujours (plus, ou moins, ou différemment) aujourd’hui? Impossible à dire sans les mots eux-mêmes — et les questions complexes qu'ils soulèvent au jour d’un travail (comparé; exigeant) de traduction et d'actualisation.
Ce parchemin candide des mouvements d’avant-garde soulève en effet des questions cruciales — trop souvent occultées par une histoire dominante ou conventionnelle de l'art, quant à la violence inhérente à l'enfance et à l'adolescence (l'adolescence masculine, qui plus est). Le jeune Oskar, un jeune homme agité, marqué par une enfance tumultueuse, s’est alors épris d'une jeune fille nommée Lilith Lang. Son idylle avec elle connaît cependant une fin abrupte, alors que, dans une tentative désespérée de retenir son attention... le jeune Oskar procède à l’explosive annihilation d’une fourmilière d’un jardin public voisin, tuant presque au passage la jeune fille (qui en resta, il va sans dire, résolument peu impressionnée). Le conte se déploie ainsi, telle une complainte dédiée à « la fille Li », surgissant, nul doute, d'un ego meurtri et d'un cœur brisé.
Imprégnée du symbolisme des chants folkloriques allemands ; peuplée de créatures sorties tout droit d'un solo de flûte de Debussy ou d'un poème de Mallarmé, l’œuvre adopte un style hardi et cacophonique qui annonce les élans expressionnistes — les nombreuses Tempêtes — à venir. Il y a là, déjà, davantage qu’il n’y paraît — comme le suggère en soi la dédicace à Klimt. Il s’agit ici d’une œuvre précoce ; d'un art résolument moderne, mais qui n'a pas encore, dans sa naïveté, complètement tourné le dos aux traditions du Jugendstil et de la Sécession viennoise dont elle est issue. Suspendue entre deux époques, celle-ci témoigne d'un moment fugace de bascule entre les anciens et les modernes : un Die Brücke socio-psychologique, en quelque sorte — c’est-à-dire un véritable Pont, tout à la fois historique et personnel, anticipant les ruptures formelles de l'avant-garde. Une de ces dernières choses, peut-être, avant les dernières : la fin de l'innocence (une enfance), tombée juste avant que Kokoschka ne soit conscrit pour la guerre.
Le projet consiste en une réédition d'art et une reproduction rigoureuse en fac-similé de l'œuvre, présentées dans un coffret de collection enrichi de commentaires critiques et de traductions entièrement actualisées, mettant en lumière la pertinence contemporaine et la beauté convulsive de ce chef-d'œuvre candide et flamboyant de l'expressionnisme d’avant-guerre.
NOTE D’INTENTION
Il m’apparaît impératif, en 2026, de s’emparer de ce garçon. Kokoschka, obsédé par sa camarade de classe Lilith Lang (la sœur d'Erwin Lang), transforme ici un projet enfantin en un récit d'éveil sexuel sauvage, de deuil et d'angoisse. La subversion de la commande initiale (un livre de contes pour enfants commandé par Fritz Waerndorfer pour ses fils) vers une décharge pulsionnelle adolescente y effectue un glissement presque parfait de l’enfance à la cruauté, d’une déconcertante transparence, à l’époque comme aujourd’hui. Les troublantes et étrangement assumées couleurs de ce conte font à ce titre écho à des thèmes on ne peut plus contemporains, récemment abordés, par exemple, par la série Adolescence de Stephen Graham, dont l’impact s’est fait entendre jusqu’au cabinet ministériel de Keir Starmer.
L’atmosphère étouffante de la Vienne d’avant-guerre, confinée dans ses névroses collectives et ses structures rigides, résonne de manière troublante avec la montée contemporaine des tensions sociales et raciales que nous traversons. Traduire le mot allemand Knaben, aujourd'hui, n’est pas si simple. En français, « Enfants » ou « Garçons » aplatit la charge historique et, non sans ironie, comporte le risque d’un contresens anachronique ou d’un rejet automatique auprès des publics exigeants et consciencieux d’aujourd’hui. Le mot, qui évoque la jeunesse mâle au seuil de la puberté, sera plus tard investi d'une charge politique lourde en Allemagne et en Autriche (faisant écho aux fameuses “jeunesses hitlériennes”) : nous nous confrontons ici aux strates historiques d'un terme lourd de connotations politiques, défiant, qui plus est, les catégories étanches du genre que les jeunesses d’aujourd’hui, en retour, réfutent. Choisir le bon terme (ou contester les barrières de genre actuelles à travers une traduction juste, mais flexible/créative) relève à ce titre d’un geste forensique davantage que d’une “traduction” au sens strict.
Découvrant, lors de mes recherches archivistiques, une traduction française et italienne à tirage limité produite en 1995 — d'une lourdeur stylistique et d'une désuétude épouvantables —, j’ai mesuré l’urgence d’une réactivation. Ce projet de réédition en fac-similé et de re-traductions critiques (français/anglais) n’est pas un acte de conservation muséale passive, mais un geste de profanation éthique, cherchant à libérer le symbolisme maladroit et la violence convulsive de cette pièce historique, brûlante, il va sans dire, d’actualité.
marie martine
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par marie martine © 2026 tous droits réservés
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